image du film.LE JOURNAL DE JOSEPH M

Année : 1999. Durée : 59'

Fiche technique :
Réalisation, scénario : Gérard Courant.
Image : Isabelle Fermon.
Son, mixage : Jean-Daniel Bécache.
Montage : Élisabeth Moulinier, assistant montage : d’Hugues Deltell.
Photographe de plateau : Jean-Claude Moireau.
Interprétation : Joseph Morder, Françoise Michaud, Luc Moullet, Dominique Noguez, Dominique Païni, Marcel Hanoun, Mara Pigeon, Nele Pigeon, Roland Lethem, Noël Godin, Boris Lehman, Gwennaël Breës, Alain Riou, Gérard Tallet, Yves-Marie Rollin, Arnaud Boland, Guy Pezzetta, Georges Londeix, Pierre Merejkowsky, Gérard Courant.
Production : Cinq Continents à Paris (Arnaud Boland, Marcel Paul-Cavallier), Play Film à Paris (Mahmoud Chokrollahi, Christophe Grébaux), Alcyon Film à Bruxelles (Jean-Noël Gobron) Canal + (Alain Burosse), RTBF (Télévision belge), Canal + Belgique, avec la participation du Centre National de la Cinématographie.
Directrice de production : Ann Arnold.
Conformation : Hugues Deltell.
Assistant-image : Arnaud Mathey-Dreyfus.
Assistant-monteur : Hugues Deltell.
Distribution : Les Amis de Cinématon.
Tournage : 22 septembre 1996 à Romorantin (France), 1er mai 1997 à Paris (France), 3 au 6 mai 1999 à Paris (France), 7 mai 1999 à Resson (France), 10 mai 1999 à Paris (France), 11 au 14 mai 1999 à Bruxelles (Belgique), 15 au 17 mai 1999 à Paris (France).
Format : Vidéo Beta numérique.
Procédé : Couleur. Sonore.
Première projection publique : 15 février 2000, Cinémathèque Française à Paris (France).
Principales diffusions et manifestations :
Cinémathèque française à Paris (France) 2000
Festival International des Programmes Audiovisuels à Biarritz (France) 2000
Festival Côté Court à Pantin (France) 2000
Festival Joseph Morder, Cinéma Le Denfert à Paris (France) 2000
Télévision Canal + Bleu Belgique 2000
Télévision Canal + Jaune Belgique 2000
RTBF (Radio Télévision Belge Francophone) (Belgique) 2000, 2004
Télévision Canal + Réunion (France) 2001
Télévision Canal + Antilles (France) 2001
Télévision Canal + Guyane (France) 2001
Festival La Règle du Je, Cinéma et Autobiographie, Le Mois du film documentaire (France) 2001.
Sortie DVD : double DVD Les Films de l'Ange, Paris (France), novembre 2007.

Présentation >>>

Depuis trente ans, le cinéaste Joseph Morder réalise un journal filmé tourné en Super 8 mm à la manière d'écrivains qui tiennent un journal écrit.
Il filme ses amis, sa famille, son quartier (Belleville), des personnages de rencontres, ses voyages (ici, à Bruxelles) et toutes sortes d'événements petits et grands, publics et privés.
Sa passion du cinéma est telle qu'il va jusqu'à provoquer des situations insolites ou organiser des réunions d'amis pour créer des images et les intégrer dans son Journal filmé.

(Gérard Courant)

Critique >>>

UN FILM DÉCLARATIF

Il y a tout lieu de penser que Gérard Courant nous offre ici un film déclaratif. J.M., initiales de Joseph Morder, dont un portrait amusé nous est proposé, initiales également, heureux hasard, de Jonas Mekas, qui est l’auteur d’un journal (Walden), J.M. donc, peut s’entendre phonétiquement : j’aime. Dominique Païni le suggère dans ce film, à même son nom, Joseph Morder témoigne de son amour pour le cinéma. Avec ce documentaire sur le Journal filmé de Joseph Morder, qui est un vaste film de plusieurs heures (50, dont 13 sont montrées lors de diverses projections), sans doute Gérard Courant veut nous faire part de l’affection qu’il a pour son ami, et, généreusement, nous l’offrir en partage. Déclaration amicale, ce film est aussi bien un regard porté sur le faire cinématographique, sur ce faire tel que Joseph Morder le pratique depuis bientôt trente-cinq ans.

Le Journal de Joseph M est un document singulier à de multiples égards. Cette singularité, elle tient évidemment à la personne de Joseph Morder, qui se prête volontiers à l’entreprise tout en la rendant difficile. Veut-on dresser son portrait ? Il s’expose sans détours à la caméra, non pas pour s’y montrer, mais pour s’y jouer tel que peut-être il est véritablement. Ainsi, nous le voyons, de Paris à Bruxelles, auprès de plusieurs « Morlocks », devenus tels lors d’une cérémonie inaugurale, qui touchent de près à son existence, et peuvent, avec lui, la raconter ludiquement. À Luc Moullet, il confie que tourner est une saine fatigue aussi bien qu’un repos, avec Dominique Noguez, il revient sur le commencement de son Journal filmé, à sa complice Françoise, il dit avec romanesque vouloir d’elle un enfant, dut-il pour cela interrompre son journal pendant quelques années, en compagnie d’un génie Morlock, son égal en fantaisie qu’est Noël Godin, il parcourt une jungle habitée d’animaux étranges et colorés, avec Marcel Hanoun enfin, il s’amuse, du milieu d’un champ de colza, à contrevenir au déroulement du film en interrogeant le « hors-champ », Gérard Courant, et les décisions qu’il sera amené à prendre au montage. L’ensemble de ces scènes constitue autant d’épisodes où Joseph Morder se propose sous les dehors d’une joyeuse et douce folie.

Puisque ce film est un documentaire sur le Journal filmé de Joseph Morder, il était juste que nous soient montrées les différentes étapes par lesquelles il s’élabore : les personnes et proches qui, côtoyant son auteur, peuplent le journal, mais également la caméra Super 8 et l’usage, confiant dans le hasard, que Joseph Morder en fait, la pellicule également, qui est la matière, et qui se tient abondante sur les étagères de l’appartement de notre homme, sa projection, enfin, à la Cinémathèque française, où le public est invité à se tenir dans la salle ainsi qu’il le ferait s’il était sur une plage. Cet épisode a, semble-t-il, une importance considérable. C’est que le film Gérard Courant est né du montage de ses propres images jointes à plusieurs autres de Joseph Morder lui-même. Lors de la projection à la Cinémathèque, Gérard Courant fait davantage. Il ne montre pas simplement les images d’un autre, il en montre le caractère iconique, et les embrasse en même temps que le projecteur qui les envoie sur l’écran, exposant ainsi la machine qui les supporte. Dans un même plan, nous voyons donc les images, leur dimension pelliculaire, ainsi que leur auteur, pour l’occasion devenu projectionniste. Le Journal de Joseph M nous livre dans cette unique séquence son objet, dans les aspects variés qui le constituent. Filmant Joseph Morder, Gérard Courant fait entrevoir également le quartier, du côté de Belleville, où il vit et se promène. Qui aime en arpenter les rues prendra à ce film un plaisir supplémentaire, celui de voir des lieux connus dont l’architecture s’offre à l’écran de bien différente façon que dans le quotidien. Le besoin de déposer encore les yeux sur ces rues à maintes reprises traversées est soudainement éprouvé.

(Rodolphe Olcèse, Bref, n° 51, hiver 2001-2002)

 



UN AUTOPORTRAIT DE GÉRARD COURANT

Cette fiction sur Joseph Morder est en fait un autoportrait de Gérard Courant.

(Camille Aubaude, L’Infini, 2003)



LE PERSONNAGE EMBLÉMATIQUE D'UNE PRATIQUE CINÉMATOGRAPHIQUE : LE JOURNAL FILMÉ

Toujours sur ma lancée, j'ai abordé cette fois Le journal de Joseph M, non sans quelque appréhension, parce qu'il y a un certain nombre d'années que j'ai symboliquement tué Joseph, un « père? » qui avait sans doute trop d'influence sur moi. Bon tu sais que c'est la destinée des fils que de s'affranchir des pères et en ce qui concerne Joseph, malgré tout le respect dû à son travail, il se trouve que j'ai dépassé un peu son oeuvre pour explorer d'autres continents, ce qui est bien normal après tout. Une fois le « complexe paternel » franchi, le continent Joseph me semblait trop facile à arpenter, trop visible surtout, en tous cas moins porteur de mystère que d'autres continents (Bresson par exemple). C'est pour cela qu'il était un peu difficile pour moi d'aborder ce film avec le recul suffisant. Evidemment il ne s'agit pas de Morder mais d'un film sur Morder ce qui est différent. Je trouve d'ailleurs ce document plutôt intéressant dans la façon d'aborder l'oeuvre morderienne, document constitué de strates variables mais s'entremêlant sans cesse pour ébaucher la figure complexe du réalisateur et homme J. Morder. Ce qui fait que j'ai regardé l'œuvre avec plaisir, sans doute un léger brin de nostalgie, mais rien n'y fait, quand les pères sont tués ils perdent terriblement de leur pouvoir et de leur magie! Je dois dire que j'ai d'ailleurs « éliminé » aussi un certain nombre de membres de la famille (Hanoun dont le dvd que nous avons acheté pour la bibliothèque m'a permis de revoir 4 ou 5 films que j'ai trouvé terriblement tristes, également Cavalier - je trouve Le filmeur très maladif)... Je parlais précédemment des « scènes » à dénouer dont la répétition ne servait qu'à déjouer leur pouvoir mortifère. J'avoue qu'en ce qui concerne Joseph le nœud a été dénoué ! C'est d'ailleurs sans doute injuste car rien ne se « dénoue » totalement et il y a sans doute toujours à découvrir dans son œuvre..., bon voilà cette fois je n'ai pas dit grand chose de personnel. Reste que Le Journal de Joseph M est une excellente chose pour faire découvrir aux non-initiés un personnage emblématique d'une pratique : le journal filmé et ce qu'on entend par le terme « filmeur », terme qu'il conviendrait de décortiquer tant il est porteur de mouvements contradictoires !

(Philippe Leclert, 2009)



JOSEPH M. par GÉRARD C.

Habitués que nous sommes aux films « dispositifs » de Courant, Le journal de Joseph M. apparaît comme l’une de ses œuvres les plus « classiques ». Il s’agit d’un documentaire tourné pour Canal + où l’auteur de Cinématon entreprend de faire le portrait de Joseph Morder, pionnier du journal filmé en France (en 1999, ce journal qu’il tient depuis 1967 faisait 50 heures) et cinéaste astucieux qui interroge toujours avec beaucoup de talent les liens ambigus entre la fiction et l’autobiographie.

Prenons un exemple : alors qu’il intègre beaucoup d’éléments autobiographiques et qu’il est tourné en Super 8, un film comme L’arbre mort est un véritable mélodrame hollywoodien où l’auteur rend un hommage évident à son maître Douglas Sirk.

Courant suit ici Morder qui évoque son travail en compagnie du critique Alain Riou, de l’écrivain Dominique Noguez et du grand Luc Moullet (qu’on ne présente plus !). Il entreprend également un périple belge où il retrouve Mara Pigeon « la naufrageuse de docucus » [Noël Godin], Boris Lehman, une sorte d’alter ego belge de Morder, l’excellent cinéaste anarcho-surréaliste Roland Lethem (Vincent ne me contredira pas si j’écris ici que La fée sanguinaire est un véritable petit chef-d’œuvre) et, bien entendu, notre entarteur préféré qui accompagne Morder dans une jungle épaisse qui n’est rien d’autre que son jardin (sauf erreur, il me semble que Jean-Jacques Rousseau a également tourné un film dans le jardin de Noël Godin).

Enfin, Joseph Morder rend une visite à Marcel Hanoun (autre cinéaste dont je rêve de découvrir l’œuvre désormais invisible : je sais que certains sont diffusés sur le net mais pas en « plein écran »). Les deux hommes évoquent quelques souvenir puis interrogent de manière assez ludique ce qu’est le cinéma et le film qu’ils sont en train de tourner.

C’est ici, à mon sens, que se dessine le projet de Courant : réaliser un « portrait » d’un cinéaste qu’il connaît depuis de longues années et brouiller les pistes, tirer son film vers la fiction et trouver une forme cinématographique en adéquation avec les paroles de Morder qui déclare ici « ma vérité, c’est la fiction ».

Le journal de Joseph M. sera donc un objet composite : extraits du journal filmé de Morder en super 8 (qui donne d’ailleurs envie de découvrir d’autres films de l’auteur de Nuages américains) ; entretiens menés plutôt sérieusement (lorsque le cinéaste discute avec Riou ou présente l’une de ses œuvres à la Cinémathèque en compagnie de Dominique Païni qui remarque malicieusement que ses initiales sont les mêmes que celles de Jonas Mekas) et des saynètes « fictives » où éclate la fantaisie de Morder.

A sa muse, la sublime Françoise Michaud, il déclare soudainement vouloir un enfant d’elle, quitte à abandonner son journal pendant quelques années (en quelques secondes, Morder parvient à remettre sur le tapis la thématique de Romamor et du « danger » qu’il y a de filmer les choses plutôt que de les vivre). Avec Moullet et Godin, il fait le pitre et c’est souvent très drôle (il faut voir la première scène du film où Moullet et Morder sont à quatre pattes dans un jardin public et aboient comme des chiens tandis que des sous-titres traduisent leur « conversation » : portraits des artistes en jeunes chiens ?)

Comme les cinq Cinématons consacrés au cinéaste le prouvent : Morder est un excellent comédien (le quatrième a sans doute été tourné pendant le tournage du Journal de Joseph M. puisqu’on le voit, en contre-plongée devant un cinéma rendant hommage à Sirk, faire un numéro de comédien expressionniste assez extraordinaire : on se croirait presque chez Eisenstein ! Dans le troisième des Cinématons que Courant lui a consacré, Morder imite à la perfection le jeu de certains comédiens burlesques et ses mimiques m’ont beaucoup fait penser à Harold Lloyd).
Du coup, dans le portrait que lui consacre Courant, il se dévoile un peu mais joue également beaucoup.

Au point qu’on finit par se demander si, comme dans ses propres films, ce n’est pas le jeu qui est finalement la vérité ultime de Joseph Morder…

(Dr Orlof, Le blog du Dr Orlof, 28 novembre 2009)




 


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